Les rares masques des Kwele, groupe peu étudié vivant dans le nord-est du Gabon et dans la région limitrophe de la République du Congo, sont associés au culte bwete dont les rites sont destinés à éloigner les sorciers. Ils servent aussi pour les fêtes initiatiques et les levées de deuil. Incarnation des génies bienveillants de la forêt, ils portent des traits animaux ou humains ou parfois une combinaison de ces deux formes. Les faces sont généralement peintes au kaolin, dont la couleur blanche est associée par les Kwele à la lumière et la clarté, deux éléments essentiels dans la lutte contre les maléfices. Seuls quelques masques, comme le présent spécimen, sont dotés de fentes au niveau des yeux assurant la vision du danseur. Des observateurs ont pu en effet constater sur le terrain que les masques utilisés étaient dénués d’orifices et simplement exhibés à l’occasion de fêtes. On ignore la signification des masques à visage humain et cornes recourbées : ils ont été interprétés comme des représentations d’antilopes (Perrois) ou de béliers (Leon Siroto), sans que soit élucidée la cosmogonie sous-tendant ces formes. Dans le cas de ce masque travaillé avec un soin extrême, les cornes facettées de noir et de blanc décrivent une large courbe de part et d’autre du visage sans front avant de s’achever à la hauteur du menton. Les deux petits visages sculptés sur les cornes reprennent les détails du visage central caractéristique du style kwele : sur un champ cordiforme légèrement concave se détachent un nez triangulaire et deux yeux bridés en saillie qui s’étirent depuis la racine du nez jusqu’aux limites extérieures du masque. Une petite bouche arquée est incisée sous ce champ concave, dans la zone marquant l’extrémité inférieure du masque. Les quelques parties noicies, qui contrastent avec celles traitées à l’argile blanche, soulignent la courbure des lignes et confèrent au masque toute sa plasticité.