Graphique et plat, ce visage ovoïde se construit autant par l’harmonie de ses courbes que par le jeu des couleurs. Cernée d’une bande noire évoquant simultanément la coiffure et la barbe, la figure blanche est rythmée par la double arcade sourcilière bleue, naissant à la racine d’un petit nez rectangulaire et mourant sur les tempes. Cet ample dessin, cordiforme et double, contraste avec les fentes étroites des yeux et de la bouche en relief. Sur les joues figurent les signes du mwiri, scarification rituelle, tandis qu’une barbe discrète, insigne des dignitaires, est peinte sous la bouche. La bordure du masque est percée de trous auxquels étaient fixées des fibres végétales, partie intégrante du riche costume enveloppant le corps du danseur. Louis Perrois évoque aussi la coutume d’enfouir complètement le visage du porteur dans un amas de pagnes attachés tout autour du masque, au ras de la face.
Les masques des Vuvi portent chacun un nom particulier en rapport avec l’esprit moghondzi qu’ils incarnent. Ils dansent de nuit au son des tambours et du chant spécial entonné par le meneur de la danse rituelle, évoquant le caractère des esprits présents. Après leur utilisation, les masques sont disposés parmi d’autres objets rituels dans une hutte prévue à cet effet. Selon Louis Perrois, leur graphisme surprenant constitue l’aboutissement d’un processus qui va des formes figuratives et réalistes de la côte du Gabon (peuples Punu, Lombo) aux signes abstraits de la région de l’Offoué et de la Lolo. Par ailleurs, cette réduction des formes en simples signes décoratifs va de pair avec l’initiation au monde des symboles sur le plan verbal, sonore et formel, propre aux peuples Masongo, Mitsogho et Vuvi.
Bibl. : L. Perrois, 1985.