Les Duala qui habitent la côte ont une culture traditionnelle marquée par la proximité de la mer, ce qui les distingue à maints points de vue des habitants de l’arrière-pays. Leur art des masques se caractérise principalement par des sujets animaliers en bois polychrome portant des cornes (buffles, antilopes des marais).
Ces masques nyatti étaient portés horizontalement sur la tête, comme chez les groupes éloignés de la côte. Ils présentaient toutefois des caractéristiques propres : une silhouette plate au lieu de formes rondes, des traits – évocateurs d’animaux – fortement stylisés dans un style géométrique, et la coloration habituellement noire laissant place à une polychromie mariant le noir, le blanc et le rouge.
Ce spécimen d’une tradition de masques abandonnée depuis longtemps est ici exécuté avec un soin extrême. Il se distingue par un contraste bien pensé pour ce qui est de la composition : le visage en forme de trapèze dont l’allongement est souligné par la ligne médiane contraste avec l’arrondi des cornes puissantes. L’artiste, un maître dans son art, a probablement travaillé à la demande de la société appelée ekong (ekongolo) : celle-ci, fermée et élitiste, encore active aujourd’hui, se compose en premier lieu d’hommes estimés et riches appartenant à l’élite dirigeante et doit entre autres trouver et punir les magiciens qui sont à l’origine de dommages mettant en danger la communauté et son bien-être.
Selon les témoins oculaires Buchner [1] et Zintgraff [2], ce masque en forme de bovidé nyatti devait avant tout, lors de manifestations rituelles, par exemple lors de l’enterrement d’un membre de la communauté, faire fuir les personnes qui n’étaient pas initiées. Cette fonction, dont le caractère agressif est aussi renforcé chez les masques duala par la langue en fer à arête vive, est également exercée par les masques en forme de bovidé de Oku dans la région du Grassland, au Cameroun.