Masque cimier

Masque cimier

Les Ijo de l’ouest et du centre sont réputés pour leurs masques cimiers aux allures « cubistes ». Ce masque-ci, combinant éléments anthropomorphes et formes animales, est entièrement recouvert de poudre de bois rouge, une substance chargée de vertus curatives, associée au monde des esprits. Il est structuré en plusieurs parties distinctes reposant sur un support hémisphérique qui vient coiffer la tête du porteur. La base du masque, une planche plate à silhouette de poisson, est agrémentée à son extrémité arrière d’une protubérance incurvée en forme de corne, tandis que l’extrémité avant figure une petite tête de crocodile. À la surface de cet agencement insolite, un serpent ondulant rejoint le menton du visage humain stylisé au centre du cimier. Cordiforme, celui-ci est compensé de plusieurs volumes géométriques simples s’imbriquant harmonieusement sur la face concave pour figurer deux yeux tubulaires, au milieu desquels se faufile un nez pointu ainsi qu’une bouche trapézoïdale protubérante, dont les dents triangulaires inversées sont gravées à la surface. Les informateurs ijo répondant à Martha Anderson lui dévoilent que les traits de ce masque hybride sont inspirés de l’apparence d’un génie de l’eau rencontré par le sculpteur lors d’une vision, d’un rêve.

Les masques des génies de l’eau peuvent donc revêtir toutes les formes échappées de l’imagination de leur créateur. Leurs porteurs dissimulent complètement leur corps et suggèrent ainsi l’image d’un esprit sortant de l’eau pour se mêler aux hommes. Au début de chaque année ou à l’époque des crues, une fête est donnée en l’honneur de ces esprits aquatiques, dans l’espoir qu’ils accordent bienveillance et prospérité au village. À l’instar des Ijo de l’est du delta du Niger, ceux de l’ouest et du centre n’accordent pas une importance religieuse à la totalité des mascarades. De même, tous les esprits représentés par les masques n’ont pas la même puissance. Selon Martha Anderson, les Ijo de ces régions établissent une nette distinction entre les masques supposés animés par un témé « l’âme d’un esprit » et ceux qui se contentent d’imiter le comportement des esprits. Les cimiers composites, similaires à l’exemplaire de la collection Barbier-Mueller, semblent avoir surtout participé au divertissement du village. Provoqués par quelques téméraires, ils poursuivent les spectateurs dans la liesse générale.

Bibl. : M. Anderson, 1996, communication complémentaire, 1996.