L’association secrète troh était jadis la plus importante des sociétés coutumières des Bangwa occidentaux. Les membres dirigeants de troh sont neuf descendants des compagnons du chef fwa ayant fondé la chefferie. Le fwa, lorsqu’il était sur le point de mourir, divulguait aux neuf « Grands de la nuit » le nom de son héritier et ces neuf notables étaient ensuite chargés d’introniser et d’instruire son successeur. Mais cette association, crainte par tous les Bangwa, rendait également la justice, administrait le poison d’ordalie et exécutait les coupables. Les membres de troh étaient censés accompagner le chef dans ses expéditions nocturnes en se transformant en léopard, éléphant, serpent, etc. Chacun des neuf membres dirigeants de la confrérie possédait un masque troh comme celui-ci.
Ces masques, jugés effrayants, symbolisaient les pouvoirs surnaturels du chef et des membres de la confrérie de la nuit : « Ils sont si puissants et dangereux qu’on ne peut les poser sur la tête, mais seulement les porter sur les épaules [1]. » En outre, celui qui est chargé de le porter sur l’épaule doit y être rituellement préparé. L’un de ces masques était aussi placé à l’entrée de l’enceinte secrète où avaient lieu les réunions des membres de troh, pour en interdire l’accès aux passants.
Souvent Janus, comme celui-ci, chaque visage est partiellement déformé, voire dédoublé. Certains masques comportent deux bouches ou quatre yeux. D’autres, comme celui-ci, subissent une sorte d’écartèlement : les joues, sous forme de deux volumes sphériques indépendants, sont repoussées latéralement et placées à la hauteur de la bouche, tandis que le bonnet est figuré sur les deux côtés de la tête, séparé par les cheveux.
Un masque par chefferie est tétracéphale et représente, d’après les Bangwa, l’aptitude à voir dans toutes les directions, dans le futur comme dans le passé, dans l’univers surnaturel et dans le monde des hommes. À cause de ses traits si souvent déformés, on serait tenté de voir dans le masque troh l’image d’un animal, symbole du pouvoir de métamorphose de son détenteur ; mais les Bangwa sont formels, il s’agit bien d’un visage humain, celui d’un homme terrifiant et redoutable, d’un homme « de la nuit ».
[1] Harter 1986, p. 303.