Masque à visage féminin

Masque à visage féminin

Les masques des Anang, groupe de langue ibibio vivant dans la province de Calabar située dans le sud-est du Nigeria, appartiennent à l’importante société secrète masculine ekpo qui exerçait autrefois un rôle politique essentiel au sein de tous les groupes ibibio. Incarnation des esprits des ancêtres (ekpo) qui rendent visite aux vivants, ces masques interviennent principalement après la récolte des ignames.

À côté des masques aux traits grotesques (idiok) considérés comme dangereux et de ce fait visibles des seuls membres de la société ekpo, on trouve aussi le modèle du "bel" esprit (mfon), exhibé surtout pour le divertissement de l’ensemble de la population.

C’est vraisemblablement au groupe des masques mfon que se rattache cette représentation réaliste et et soigneusement travaillée d’un visage féminin, caractérisé par des sourcils délicatements arqués, des paupières baissées, un nez étroit aux narines arrondies, une bouche entrouverte aux lèvres généreuses et des scarifications sur les tempes et le menton. Suggérés par de fins sillons, les cheveux sont partagés par une raie médiane et réunis sur les côtés en deux nattes torsadées. Selon Fagg, cette coiffure, qui apparaît sur des masques plus anciens et plus récents, pourrait s’insprier des coiffures portées par les épouses des missionnaires. Probablement originaire d’Utu Etim Ekpo, dans le sud-ouest du territoire anang, ce masque a été réalisé dans les années vingt ou trente par le fameux sculpteur Akpan Chukwu, mort au début des années cinquante, ou par un des ses associés ou disciples. Certaines particularités stylistiques, comme le nez arrondi, le menton renflé et les contours clairement définis des yeux et des lèvres parlent en faveur de cette attribution. On observe aussi ces détails sur un masque qui devrait être de la même main.