Masque

Masque

Ce masque est emblématique des arts africains en raison surtout de sa ressemblance avec les visages allongés des fameuses Demoiselles d’Avignon de Picasso (1907), ce qui en a fait l’une des prétendues sources d’inspiration visuelle du peintre catalan. En 1984, cependant, William Rubin montrera, à l’occasion de son exposition Le Primitivisme dans l’art du XXe siècle, qu’il n’en avait rien été puisque, vérifications faites, il s’est avéré que cet objet avait été récolté au Congo français plus de dix ans après la réalisation du tableau…

Très rares, ces masques au visage concave stylisé et au front proéminent proviennent, semble-t-il, de plusieurs peuples plus ou moins apparentés, d’origine commune kota, des confins du Gabon oriental et du Congo Brazzaville voisin. Celui-ci a été trouvé par l’administrateur colonial Aristide Courtois au village Etoumbi, sur le cours supérieur de la Likouala, une zone où coexistent les Mboko, les Ngare, les Ba-Bangi et quelques communautés des Ma-Hongwe. Pour l’ethnologue américain Leon Siroto, ce masque ainsi qu’un autre conservé au Brooklyn Museum de New York seraient caractéristiques des productions sculptées des Ba-Bangi. On peut aussi considérer que cette forme élégamment incurvée, en forme de coeur très allongé, le long nez en lame étant dans la continuité de l’aplomb du front, rappelle les sculptures d’ancêtre hongwe et shamaye du Gabon voisin. À noter que les yeux en amande, largement ouverts et de fort relief (faisant penser à la forme des clochettes de chasse en bois des Kota), se retrouvent tels quels sur certains masques emboli des Kota de Makokou.

Selon Iris Hahner-Herzog [1], « l’hypothèse d’une localisation de ce masque dans la région d’Etoumbi est étayée par les stries coudées figurant sur la moitié gauche du visage à coté du nez, stries dans lesquelles furent reconnues les scarifications ornementales des Ngare ».

[1] Hahner-Herzog et al. 2000, p. 182.