Le regard mélancolique, la bouche surprise, ce masque blanc sculpté tout en douceur témoigne, dans sa sobriété, d’une étonnante sensibilité sculpturale. Trois perforations rondes évoquent les yeux et la bouche de cette face au front bombé, aux joues creuses. Le menton étroit est percé de trois trous dont on ignore l’utilité. Toute la force expressive réside dans cette ligne verticale pure qui évoque autant le nez que les scarifications du menton jusqu’au front et de laquelle émergent les deux arcades sourcilières courbes et régulières. Louis Perrois interprète la facture de ce masque comme l’illustration de l’interpénétration, dans le temps et les fonctions rituelles, des figures du ngil (allongées) et de celles de la danse ngontang (sphériques ou lunaires). D’après les modèles connus de masques fang, quatre types se distinguent, dont les masques blancs dits ngontang ou « tête de la jeune fille blanche ». L’exemplaire de la collection Barbier-Mueller peut être attribué aux groupes Fang du sud, probablement les Betsi de la région Mitzic (observation de J.M. Pitres au nord de l’Ogooé, entre 1920-1930). Ce masque est entièrement recouvert d’argile blanche ekon. Pour les Fang comme pour beaucoup d’autres peuples d’Afrique, cette couleur réfère à l’esprit des morts. Les groupes Fang Okak et Fang Ntoumou de Guinée équatoriale sortent ce masque lors d’une danse rituelle liée au culte des ancêtres du byeri. Le porteur, obligatoirement masculin, dissimule alors son visage sous le masque de la « jeune fille blanche ». L’usage de ce dernier ne revêt pas un caractère éminemment sacré et cependant le danseur initié doit respecter certains gestes rituels spécifiques (s’enduire le corps de remèdes protecteurs avant chaque danse) et certains interdits. Ces danses sont censées protéger le village contre la sorcellerie et le entreprises maléfiques.
Bibl. : Louis Perrois, 1985.