La production artistique de la région de la Cross-River se distingue par l’utilisation d’une technique – unique en Afrique – qui consiste à recouvrir de peau animale une âme de bois sculptée. Cette technique est principalement utilisée pour les cimiers et les masques-heaumes. La peau tannée puis tendue sur le bois restitue le grain, la brillance et le volume des chairs humaines sur le squelette et confère à ces oeuvres une surprenante réalité. Le traitement de l’oeil participe aussi de cette quête de réalisme : le blanc est rendu par l’utilisation de kaolin ou de métal blanc, tandis que la pupille est restituée par une cheville de bois sombre, conférant au regard une intense vérité.
Le cimier de la collection Barbier-Mueller – qu’il est préférable de désigner comme Ejagham plutôt que Ekoï, appellation probablement péjorative – fait partie des oeuvres les plus spectaculaires de la Cross-River. Le personnage porte une coiffure monumentale composée de cinq grandes nattes enroulées d’une ampleur inattendue dans la statuaire africaine, et qui témoignent d’une réelle prouesse technique dans la perfection et la symétrie des enroulements. Des récits ethnographiques rapportent que cette coiffure était portée par les jeunes filles pendant l’initiation et la période de réclusion précédant le mariage. Les tresses étaient obtenues grâce à une armature rigide et à un surmodelage de terre qui maintenaient les cheveux et les mèches rapportées.
Note de l’éditeur : Dans le no 1-2000 de Arts et Cultures, une publicité de la galerie Deletaille montre encore le cimier muni du panier fragile en vannerie permettant de le fixer sur la tête du danseur. Malheureusement, nous ne fûmes pas l’acquéreur à ce moment-là et, quand nous le retrouvâmes, le panier avait été détruit.